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LE PETIT TRAIN « ZAMAN »

par Joseph DELEUZE de Meeffe

Son rôle économique et social dû à l'industrie sucrière dans la région de la haute Mehaigne.

Ligne 143 Ligne de Noville - Taviers à Boneffe - (Embresin)

Carte de la ligne
Carte de la ligne

Pays   Belgique Belgique    Villes desservies   Taviers, Branchon, Wasseiges  

Historique  Mise en service   1879 - 1923

Concessionnaires   Baron Joseph Zaman   (1878 - 1923)   SNCV (à partir de 1923)

Caractéristiques techniques   Longueur   9 5 km   Écartement   Voie étroite (720 mm)

 

 

Le progrès est souvent lié au besoin et une découverte en génère d'autres ou crée de nouvelles techniques. La ligne de chemin de fer Taviers-Ambresin, appelée aussi la ligne «ZAMAN» est le résultat du développement d'une nouvelle activité économique dans l'agriculture : la culture de la betterave et l'exploitation d'une nouvelle technique de transport : le chemin de fer. On connaissait l'intérêt de la betterave pour l'industrie alimentaire. La présence du sucre dans la betterave avait été signalée pour la première fois en 1605 par Olivier de Serres agronome Français.

En 1747, Andréas Margraff avait prouvé la présence de sucre cristallisable dans cette racine et quarante ans plus tard, son élève Karl Achard reprenant les travaux de son maître en avait réussi l'extraction. Grâce à l'assistance du roi Frédéric II de Prusse il avait monté la première fabrique de sucre en 1796. L'Allemagne fut ainsi le premier pays à fabriquer du sucre, mais c'est cependant en France que cette industrie connaîtra son plein développement. En 1807, les Anglais avaient décrété le blocus des côtes françaises. Les colonies françaises productrices de canne à sucre étant aux mains des anglais, aucune cargaison de sucre ne pouvait plus atteindre l'Europe. Or, Napoléon avait un pressant besoin de sucre pour ses armées; aussi recommanda-t-il de planter des betteraves. Dès lors, les travaux de Margraff et Achard reprirent et F. Fremy fut le premier a obtenir en France le sucre de betteraves. Benjamin Delessert, après cinq ans de recherches parviendra aussi à extraire industriellement le sucre de la betterave et développera cette industrie en France. La première sucrerie à titre expérimental belge fut érigée dans l'abbaye abandonnée du Bois de la Cambre et la première usine privée fut fondée quai St-Léonard à Liège en 1812. Lorsque le blocus continental est levé, le sucre des colonies inonde les marchés et c'est la chute de cette industrie naissance : presque toutes les sucreries ferment après avoir subi des pertes importantes. L'abolition de l'esclavage en 1848 engendre une hausse des prix et l'industrie betteravière redevient rentable. C'est cependant vers 1860, que la culture de la betterave démarre vraiment et bouleverse toute l'économie belge et hesbignonne en particulier. On érige des usines partout.
 


N.B. : en 1872 on dénombrait 174 usines dans notre pays, 32 en 1939, 14 en 1986 et 9 actuellement (5 sucreries du groupe Tirlemont - 2 raperies : Longchamps et Hollogne -1 sucrerie traitant le jus des 2 précédentes et une sucrerie indépendante, la proportion canne betterave est 60/40 % et la Belgique, 1 million de tonnes représente 0,9 % de la production mondiale).

Le sol riche de la Hesbaye étant favorable pour cette culture on vit se construire de nombreuses sucreries dans la région : Boneffe, Eghezée, Ambresin, Hannêche, Avennes, Trognées, Hollogne, Waremme, etc. La culture étant essentiellement manuelle, elle nécessitait une main d'œuvre considérable : plantation, binage, démariage, arrachage, etc. Et il en était de même pour le travail à l'usine : chargement à la main, transport, déchargement à la fourche, etc. Il n'y a aucune comparaison avec les moyens modernes : la mécanisation de la culture et les manipulations à l'usine. Bien que peu éloignées les unes des autres dans notre région, le problème qui se posait à certaines usines était le transport et en particulier à celles desservant la région nord de Namur. A cette époque un industriel namurois, Monsieur Zaman, était le principal actionnaire des Sucreries d'Embresin et de Boneffe. Pour amener les betteraves à l'usine, cette société utilisait la ligne de chemin de fer de Namur à Tirlemont jusqu'à la gare de Noville-Taviers. De là les betteraves étaient amenées à l'usine au moyen d'attelage. Ces derniers transports, lents et difficiles ne satisfaisaient pas l'homme d'affaires qu'était Monsieur Zaman (N.B. une importante quantité de betteraves était amenée par chariots souvent traînés par des bœufs ou des vaches : un cultivateur sur onze possédait un cheval). Préoccupé par ce problème de transport, Monsieur Zaman décida de profiter de la loi du 9 juillet 1875, qui se basait sur l'initiative privée, pour créer une petite ligne de chemin de fer reliant Embresin à Taviers, en passant par Boneffe, d'une longueur totale de 9.446 mètres. La concession fut octroyée pour quarante ans à M. Zaman, comme propriété privée, le 1 juin 1878 à condition d'assurer aussi le transport des voyageurs en même temps que celui des marchandises. Cette ligne ayant un développement inférieur à dix kilomètres et au surplus étant établie sur un terrain qui n'était pas la voie publique préexistante, la concession fut accordée en vertu de la loi du 20 mai 1862 (loi relative aux concessions à péage). Le choix du tracé définitif souleva dès le début des difficultés, en effet, il avait été projeté de traverser les villages de Wasseiges, Branchon, Boneffe et Taviers, mais les paysans manifestèrent ostensiblement leur opposition, car le bétail circulait d'habitude librement dans les rues du village.
La construction s'inclina et modifia son projet, la ligne passerait dans la campagne mais le plus près possible des agglomérations.
Colis (230), nombre de voyageurs (40.294), la recette totale de cet exercice s'était élevée à 38.772 frs et les frais d'exploitation à 20.779 F. Le combustible et l'entretien des machines coûtaient 450 frs par mois. Le petit train avec plus de 1.000 voyageurs (semaine au début du siècle a rendu des services considérables. C'était le seul moyen de transport pour se rendre à Namur, Bruxelles et surtout vers le bassin de Charleroi. Chaque semaine, les ouvriers travaillant dans les charbonnages empruntaient le petit train. Jusqu'à la création de la ligne vicinale Namur-Hannut en 1910, le «Zaman» est resté l'unique moyen de transport public de la région de Wasseiges. Mais le «petit train» n'a pas laissé que de bons souvenirs. En 1884, un grave accident survint. Les rails dilatés par la chaleur provoquent un déraillement, dans la courbe entre Boneffe et Branchon, qui cause la mort du machiniste Eugène Donie d'Ambresin et blesse grièvement le chauffeur Gustave Marchai. En 1888, un ouragan cause des dégâts considérables dans la région. Le moulin Rasquin (situé entre Merdorp et Branchon) se voit enlever ses ailes et est partiellement détruit. La tempête profite également de la fragilité du «Zaman» pour le coucher sur la voie aux environs du «bois du gros bonne» en faisant quelques blessés.

Les voitures à voyageurs possédaient des portes très étroites qui interdisaient l'entrée aux villageois à l'embonpoint trop prononcé

Par la suite, en cas de grand vent, on place des sacs de sable sous les banquettes et l'on s'efforce de répartir judicieusement les voyageurs des deux côtés des voitures. Heureusement aucun accident ne s'est produit au passage sur le pont à Branchon. Malgré ces avatars, ce chemin de fer rendait les plus grands services aux localités qu'il traversait et il avait été proposé qu'on le prolongea vers la ligne Statte-Landen en continuant à suivre la vallée de la Mehaigne dans la traversée d'Ambresin et de Moxhe, puis traverser la campagne du trou du Tonnerre, la sucrerie d'Avenues pour rencontrer la ligne de Statte à proximité du moulin de Velupont. Ce beau projet qui aurait valorisé la région n'eut pas de suite, pas plus que le projet de construction en 1889 d'une ligne vicinale Bierwart-Omal ou en 1910 d'une ligne Meffe-Chapon-Seraing via Braives. Hélas, durant la guerre 14-18, les Allemands enlevèrent la petite ligne de 9 km (dont 4 km de voies à 1,435 m) et le matériel (4 locomotives et 60 wagons) expédié en Allemagne. La concession venue à échéance et les dommages de guerre attribués à la société étant insuffisants ce fut la fin du petit «Zaman». Privé de ce moyen de transport, cela créait de grands problèmes aux principaux utilisateurs; les sucreries de Boneffe et d'Ambresin. Le 13 janvier 1922, la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux sollicita du gouvernement une nouvelle concession de la ligne Taviers-Ambresin à écartement de un mètre. La concession lui fut octroyée par Arrêté Royal en date du 16 août 1923. Entretemps la sucrerie d'Hougaerde qui avait repris la fabrication du sucre à Boneffe avait reconstruit une partie de la ligne à un mètre, de Noville à Boneffe et la SNCV après avoir démantelé le pont de Branchon, reconstruisit le tronçon Boneffe-Ambresin. Ainsi la ligne fut complètement rétablie. Le transport des voyageurs reprit de 1925 à 1942. La fin de l'exploitation de la sucrerie de Boneffe, mis fin aussi aux activités de la ligne vicinale en 1945 qui n'assura plus que les transports saisonniers de la sucrerie d'Ambresin jusqu'en 1956. En 1965, on enleva les derniers rails de la ligne 143. Il n'existe plus que des vestiges broussailleux du passage du fier «petit train Zaman». On peut encore se poser la question : cette petite ligne aurait-elle pu avoir un autre avenir ? La réponse ne se trouve t-elle pas dans le sort fait aux lignes Namur-Tirlemont et Landen-Statte, cependant plus importantes !
Ainsi vont les choses.

Ligne 143

La ligne 143 Taviers - Boneffe - Ambresin (Wasseiges) est la première ligne de chemin de fer vicinal privé concédée par l'état Belge au sénateur Joseph Zaman (surommé "le baron"), un industriel résidant au chateau de Wasseiges et ayant notamment construit sa fortune en fondant la sucrerie d'Ambresin, puis dans divers activités telles que les carrières de Quenast ou les "Établissements Agricoles d'Uccle", une magnanerie située à Forest, en région bruxelloise.

La ligne présentait une voie ferrée jumelée entre Noville-Taviers et Boneffe afin de pouvoir tirer des wagons de betteraves à écartement normal jusqu'à la sucrerie sans transbordement. Elle portait également le matricule 535 aux chemins de fer vicinaux (groupe de Namur).

 

A noter que le baron Zaman envisageait de prolonger sa ligne jusqu'à la gare d'Avennes, sur la ligne Statte - Landen (ligne 127).

Historique

  • Le 27 mai 1864, le baron Zaman, associé avec des industriels tirlemontois, constituent "Zaman et Cie" afin de fabriquer du sucre à Ambresin.
  • En 1871, cinq fermiers unissent leur capitaux pour fonder une sucrerie à Boneffe. Joseph Zaman participe également à l'aventure.
  • Le 9 juillet 1875 parait la loi confiant à l'initiative privée la possibilité de mettre en œuvre un chemin de fer d'intérêt local ou vicinal. A l'époque, la sucrerie de Ambresin s'est développée grâce notamment au chemin de fer Namur - Tirlemont (ligne 142) qui ne desservait pas directement la sucrerie, ce qui nécessitait un transbordement des betteraves dans des chars à boeufs, ce qui était lent et couteux.
  • Le 1 juin 1878, le baron obtient donc en concession la construction et l'exploitation pour 40 ans d'une ligne de chemin de fer à voie étroite de 72 cm d'écartement entre la gare de Noville-Taviers et la sucrerie d'Ambresin via la sucrerie de Boneffe. L'état y adjoint l'obligation d'organiser un trafic de voyageurs.
  • Le 1 septembre 1879, la ligne est inaugurée. Outre l'acheminement des betteraves, elle permet à la population des villages traversés d'écouler ses productions agricoles, voire d'aller travailler à Namur ou même dans le bassin de Charleroi.
  • le 3 mai 1880, le roi Leopold II inaugure le viaduc de Branchon. Le baron Zaman est partisan du progrès technique et ses affaires prospèrent, grâce notamment à une machine à vapeur de Watt installée dès 1880 à la sucrerie d'Ambresin et conservée à la Maison de la métallurgie et de l'industrie de Liège.
  • En 1884, un convoi déraille entre Boneffe et Branchon et cause la mort du machiniste. La voie avait été déformée par la chaleur.
  • En 1888, une forte tempête couche un convoi sur son flanc, en ne faisant heureusement que quelques blessés.
  • En 1892, le baron Zaman cède la sucrerie d'Ambresin à Achille Gilain, sucrier tirlemontois, mais la ligne garde le surnom de "tram Zaman".
  • En 1917, l'occupant démonte la voie et réquisitionne le matériel roulant afin de la réutiliser à des fins plus prioritaires. Au terme du conflit, la concession expire et les compensations ne suffisent pas pour envisager une reconstruction sur capitaux privés.
  • En 1920, la sucrerie de Hoegaarden rachète sa consoeur de Boneffe. Quelques années plus tard, la production est relancée et la société fait reposer une voie métrique entre Noville et Boneffe, avec troisième file de rail pour l'utilisation de wagons à écartement standard.
  • En 1923, la SNCV obtient une concession pour reposer une ligne à écartement métrique sur l'assiette, à l'exception notoire du viaduc de Branchon démonté et remplacé par une section posée à même le sol. La ligne est inaugurée en 1925, date à partir de laquelle la sucrerie d'Ambresin fait l'objet d'une nouvelle phase d'extension.
  • En 1945, la sucrerie de Boneffe est à nouveau fermée. La desserte régulière de la ligne prend fin, seuls quelques convois restent mis en route durant la saison betteravière.
  • En 1956, ce trafic résiduel prends également fin, le transbordement à Noville-Taviers n'est plus concurrentiel par rapport au camion. la voie est progressivement déposée et en 1965, plus aucun rail ne subsiste.
  • En 1974, les sucreries Tirlemontoises rachètent leur consœur d'Ambresin et la démantèle.

 

Horaire de la ligne en 1933 (SNCV)

Les ouvrages d'art

A Branchon - seul village réellement traversé par la ligne, les autres ne sont que frôlés - un viaduc métallique culminant à 5,5m au dessus du sol franchissait une légère dépression du terrain. Comme d'une part le vicinal est capable de s'affranchir de pentes plus prononcées que le "grand" chemin de fer, et d'autre part que l'on n'a pas saisi l'opportunité d'établir des déblais ou remblais, ce viaduc à l'utilité toute relative devait certainement être une coquetterie du baron. Une autre explication serait liée à une pratique agricole de l'époque : le bétail circulait librement dans les rues, et le viaduc permettait d'éviter des accidents, ainsi que les réticences des fermiers.

Utilisation

Actuellement, la ligne est déferrée. certains tronçons ont été réintégrés aux parcelles agricoles adjacentes alors qu'un sentier et taillis attestent toujours du tracé en d'autres endroits.

   

Sources

  • Le carnet du CFC - historique de la ligne 143
  • eghezee.org - Boneffe - histoire de la sucrerie
  • Le petit train « Zaman » Joseph DELEUZE
  • (nl)- Paul Kevers : Belgische spoorlijnen lijn 143
  • "La Croix de Hesbaye, Histoire des lignes de chemin de fer 142 et 147". A. Bauwin & D. Funken. Edition à compte d'auteur, 2002.

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